Patrimoine toulousain       

L'Hôtel Dieu Saint-Jacques
 

Au commencement du Xll° siècle (1130-1140) est attestée l'existence de l'Hôpital Sainte-Marie de la Daurade, sur la rive gauche de la Garonne, en face de l'église et du couvent de la Daurade, tous deux sur la rive droite du fleuve.

Le pont qui permet d'y accéder est le pont neuf de la Daurade, construit après l'Hôpital Sainte-Marie (entre 1153 et 1179). Une porte fortifiée le termine rive gauche. Il servira pendant presque cinq siècles et sera en 1636 emporté par une inondations En 1225 est construite une charité, en amont de Sainte-Marie.

Le bâtiment porte le nom de ses architectes les frères Roger et Bertrand de Novello. Il devient l'Hôpital Nouvel. Les deux bâtiments sont séparés par la rampe de descente du pont qui tourne à droite et devient la rue de l'Herbe, vers San-Subra (Saint-Cyprien) et la campagne. En 1257, Bertrand de Saint-Génies, Prieur de la Daurade, signe l'acte (dont une copie existe dans les archives de l'Hôtel Dieu par lequel il donne les deux hôpitaux aux bayles de la Confrérie de Saint-Jacques. " Cette donation faite à charge pour eux et leurs successeurs de payer et de servir à perpétuité audit Seigneur Prieur et audit couvent … deux sols ... à verser chaque année en ladite fête de Saint Jacques apôtre, ainsi que les autres dits cens et redevances au fur et à mesure de leur échéance. " La fête de saint Jacques fait partie des cérémonies officielles de la vie hospitalière jusqu'au XX° siècle. Les relevés cadastraux spécifient bien que ce don comprend aussi le mur qui borde la rivière (dit barbacane) de chaque côté du pont, des maisons ou " places à maisons " qui bordent la rue, et le terrain sur une profondeur de 25 mètres environ à partir du mur. Le comte de Toulouse y ajoute des terrains alentour.

1313. Les deux petits hôpitaux prennent le nom d'Hôpital Saint-Jacques et sont gérés par la Confrérie grâce à la générosité des Toulousains. Dans l'hôpital existe une chapelle dédiée à Saint Jacques qui semble bien être celle de l'hôpital Sainte-Marie, en aval du pont de la Daurade, comme la situent les relevés cadastraux faits à plusieurs reprises " pour le Prieur de la Daurade contre le syndic de l'Hôpital ".

1349. Le roi exempte d'impôts l'hôpital, lequel ne cesse d'acheter au long des années les places à maisons voisines ont s'agrandir mais en 1438, un incendie ravage l'édifice. Pourtant pendant tout le XV° siècle l'afflux des pauvres et des malades est important. " Une année, dit la Chronique de Toulouse, le grand hôpital se trouvant chargés de pauvres et de malades qu'il n'y avait plus rien pour les nourrir et les loger. Monsieur de Seres, chanoine et théologal de Saint Étienne, prêchant devant ses ouailles met à égalité le cheval bien entretenu avec lequel ils partent vers Compostelle et un pauvre, qui leur permettra, s'il est bien nourri et soigné, de monter au ciel. Chaque toulousain pieux voulut se saisir d'un pauvre et l'amener en sa maison pour le soigner. Il ne resta plus de pauvres dans l'hôpital et des dons considérables affluèrent. "

1540. Dans le but de supprimer des quantités de " charités " le parlement décide que Toulouse n'aura pas plus de cinq hôpitaux réunis par une seule administration. L'Hôpital Saint Jacques devient en 1554 la maison de Dieu, l'Hôtel-Dieu, le plus important de Toulouse. Il est agrandi, transformé, la chapelle est plafonnée à neuf.

Mais le pont de la Daurade, devenu le pont couvert, peu à peu détruit par le fleuve est de moins en moins sûr. La ville reçoit, en 1554, l'autorisation royale de construire un nouveau pont. Notre Pont-Neuf sera ouvert à la circulation en 1632. Sa construction a duré presque un siècle. Le devis primitif prévoyait trois rampes de descente, rive gauche.

Le 21 mars 1557, quatre prêtres de l'Hôtel-Dieu créent une fondation. Pour avoir des messes pour le repos de son âme, et aussi son portrait dans l'Hôtel-Dieu, il faut être Donateur-Bienfaiteur. Les Donateurs, souvent très généreux, sont nombreux. Leurs portraits vont remplir les grandes salles des malades ou d'honneur et parfois même les couloirs.

Pour faire mieux fonctionner cet hôpital de deux corps de bâtiments, de part et d'autre de la rue de l'Herbe, en un passage voûté est bâti sous la rue. Des voûtes maintenant encore visibles, trop basses, sous le vestibule du grand escalier, évoquent ce passage.

Le 7 février 1574 un énorme incendie détruit une grande partie des bâtiments. Beaucoup de constructions vont apparaître dans l'Hôtel-Dieu pendant le XVII° siècle, notamment la Tour, dont on voit encore l'orifice carré par lequel on passait les bébés abandonnés vers leur destin. En 1685 une donation dite " du logis au Loup " permet de construire l'aile transversale, perpendiculaire au fleuve, longeant en fait la rue de l'Herbe, après le décrochement de la descente du pont de la Daurade. La vieille rue Tripières persiste comme un passage voûté, à droite, sous le nouveau bâtiment.

En 1692 l'important legs de Jean de Rudelle permet d'hospitaliser trente-six incurables, de séparer les convalescents par la construction (1702-1715) de l'aile gauche longeant la rue Neuve (rue Viguerie), ce qui donne au bâtiment la forme d'un grand U ouvert sur le Pont-Neuf.

  d'après Lise Enjalbert

© Ensemble Conventuel des Jacobins et Mairie de Toulouse