…Vous l’ignoriez peut-être ? Pour nombre des spectacles qu’il met en scène, Robert Wilson conçoit un siège. Nul ne songerait à contester que la Queen’s Chair présentée ici n’est pas un simple meuble. Sa perfection formelle en fait une œuvre d’art à part entière. Votre œil en est le témoin.

Que cet œil se porte maintenant sur le tabouret africain dans la vitrine de droite. L’apercevant dans un musée d’ethnographie, au milieu d’une vitrine encombrée de hamacs et de marmites, de flèches et de calebasses, vous eussiez pu le balayer du regard et l’ignorer. Le voyant ainsi comparé à l’œuvre d’un plasticien, familier de Shakespeare et de Kleist, vous vous adonnez à “ l’acte de contemplation ”, qui est une action en soi, à laquelle s’associe plus tard la raison. Celle-ci avait “ l’idée d’un siège ”. Soudain, l’œil voit que l’objet, le siège, est une œuvre d’art. L’idée devient image (le même mot, en grec, désigne les deux : éidos).Siège sur un léopard tenant dans sa gueule un animal à cornes - Cote d'Ivoire Baoulé - Bois - 41.7x75x22.5 cm - BMG 1007-187

Dès lors, tout siège africain sera évalué par votre regard. Réussi, bien proportionné, audacieux, gracile, inventif, élancé, élégant, galbé, monacal, râblé, bas du cul, bancal, moche.

Spectateur invité à juger, vous avez tous les droits ! Ne vous laissez pas troubler par les menaces des savants vous interdisant, sous peine de délit de racisme, l’approche esthétisante d’un “ art ” non européen. Il n’est pas nécessaire de parler la langue des dieux pour admirer un coucher de soleil.

Jean Paul Barbier-Mueller