Qui étaient ces gens qui abandonnaient tout pour prendre le chemin des sanctuaires? Les pèlerins de Compostelle, baptisés du nom de "jacquets", venaient de toute l'Europe et même de ses confins (Arménie, par exemple), voire d'Asie (tel moine nestorien de Tartarie !) et il y eut parmi eux des gens de toutes conditions et de toutes origines. Les femmes, quoique trés minoritaires, n'ont pas été rares, certaines venant en compagnie de leur mari.
La grande majorité pourtant reste noyée dans l'anonymat. Les humbles apparaissent rarement, au hasard d'actes notariés ou autres textes juridiques. Les plus puissants s'affirment par des actions mieux connues. Louis VII, au retour d'un pèlerinage à Saint - Jacques en 1154, confirme à Saint - Sernin de Toulouse les immunités accordées par Charles le Chauve en 844. Par cet acte, on apprend que le roi de France a accompli le pèlerinage à Saint-Jacques, on ne doute pas de son intérêt pour Toulouse, mais on sait par ailleurs qu'il ne peut rester insensible à l'accroissement de la puissance de son rival , Henri Plantagenêt qui vient d'épouser son ex-femme Aliénor, héritière du duché d'Aquitaine, et qu'il cherche, de fait, à se créer un réseau de fidélité.
Qu'est ce qui poussait chacun à se mettre ainsi en chemin?
L'esprit d'aventure reste indéniable même si les motivations sont très diverses.Paradoxalement, ceux qui prennent la route pour accomplir uniquement un acte de foi en vue du salut de leur âme, ainsi obtenu par l'ascèse et le renoncement momentané de leurs biens, sont les moins nombreux , même si l'Église considère que cette démarche est la plus méritoire. C'est ce qu'on appelle le pèlerinage de dévotion.
Il existe aussi des pèlerinages pénitentiels imposés par les autorités juridiques ou écclésiastiques en rachat de fautes graves, des pèlerinages tactiques permettant un équilibrage des forces politiques et des pèlerinages par délégation, accomplis contre salaire au bénéfice d'un tiers.
Toutefois les plus nombreux sont les pèlerins qui se mettent en chemin pour remercier un saint d'avoir exaucé une demande de quelque nature qu'elle soit, ou bien pour demander une aide espérant ainsi un miracle, espoir habilement entretenu sur les routes et aux différentes étapes par des récits de miracles, plus racoleurs les uns que les autres.