Toulouse sur les voies jacquaires

La "via tolosona" est assez bien décrite par le "Guide du pèlerin":. Aimery Picaud propose à la vénération des fidèles chemin faisant, "le bienheureux confesseur Guillaume" (Saint-Guilhem du désert) et les "bienheureux martyrs Tibère, Modeste et Florence" (Saint-Thibéry). Il n'en reste pas moins que plusieurs variantes étaient ouvertes au voyageur entre Arles, tête de pont de ce chemin, et Toulouse. Suivre l'ensemble des données du Guide conduit à emprunter le passage par la plaine languedocienne plébiscité par les pèlerins qui nous ont laissé leurs récits de voyage.

La variante reliant la "via podiensis" à Toulouse est moins connue mais a sans doute été très pratiquée comme en témoignent les nombreux souvenirs du culte de l'apôtre et du pèlerinage de Compostelle qui la jalonnent.

C'est à Espalion que ce cheminement se détache de la "via podiensis" classique (qui gagne Estaing et Conques) pour se diriger vers Bozouls (où se trouvait un prieuré-hôpital dépendant de la domerie d'Aubrac) et Rodez qui ne compta pas moins de huit hôpitaux, dont un du vocable de saint Jacques. De là, il se poursuivait, par Magrin, Saint-Sauveur, La Selve, La Garde, Lescure, vers Albi et atteignait cette ville qui comportait plusieurs établissements religieux et hospitaliers dont aussi un hôpital saint Jacques. Ensuite, vers Toulouse, plusieurs tracés étaient possibles, le plus fréquenté étant à n'en pas douter celui qui correspondant peu ou prou à la route moderne par Gaillac (abbaye Saint- Michel, hôpital et hôpital Saint-Jacques), Rabastens (hôpital Saint-Jacques et prieuré dépendant de Saint-Pierre de Moissac), Mézens (hôpital et autre prieuré moissagais), Roqueserière (également prieuré de Moissac), l'Union et enfin Toulouse.

De Rodez, on pouvait également gagner Toulouse par Villefranche- de- Rouergue (hôpital Saint -Jacques), Najac (hôpital Saint- Jacques et hôpital dépendant de la domerie d'Aubrac) et Cordes (hôpital Saint- Jacques et confrèrie Saint-Jacques) la voie précédente étant rejointe à Gaillac ou à Rabastens.

La richesse en souvenirs du culte jacquaire des villes traversées par ces variantes de la route du Puy prouve abondamment qu'elles devaient être très achalandées. Cela ne saurait surprendre dans la mesure où elles permettaient aux pèlerins parvenus à Rodez de gagner rapidement le Languedoc, région moins difficultueuse à parcourir que la route conduisant vers Conques et Cahors par la montagne et les Causses et jouissant, surtout en période hivernale, d'un climat plus favorable.

Au delà de Toulouse, le chemin des pèlerins est bien identifié par la topononymie routière et jalonné de repères sûrs. Là encore, si une voie peut être considérée comme principale, elle n'est pas unique.

Cette voie principale, nommée iter sancti jacobi entre Toulouse et L'Isle-Jourdain est jalonnée par les hôpitaux de Léguevin et Pujaudran et les commanderies de Pibrac et de L'Isle-Jourdain. Au delà et jusqu'à Auch, les textes la nomme caminum sancti jacobi frances et elle est bordée par la commanderie santiaguiste d'Ambon, l'hôpital Saint-Jacques d'Aubiet et les nombreux gîtes monastiques et hospitaliers (dont un hôpital Saint-Jacques) de la cité archiépiscopale d'Auch.

De Toulouse, une autre possibilité s'offrait: passer par Sainte Foy de Peyrolières (prieuré de Conques), Samatan (prieuré-hôpital dépendant de Roncevaux et hôpital Saint-Jacques), Lombez, Saramon ou Simorre (abbayes bénédictines), Moncassin (prieuré-hôpital) Vic-Bigorre (hôpital Saint -Jacques).

D'autres variantes plus méridionales pouvaient aussi être empruntées. La place éminente de Toulouse sur les voies jacquaires n'est plus a démontrer.Elle se trouve au cœur d'un réseau complexe de voies principales et de voies secondaires desservant de nombreux autres lieux de pèlerinage.