La présence dune des plus anciennes et des plus vastes
enceintes urbaines de Gaule, mainte fois remaniée au cours des
siècles, témoigne du prestige dont a joui la ville de Toulouse
dès sa fondation. Au Ier siècle, Pline lAncien la
mentionnait parmi les 29 oppida latina de la Gaule narbonnaise, cités
dont les habitants étaient proches de la condition romaine. Durant
lAncien Régime, Toulouse fait partie des bonnes villes de France
à qui les fortifications et les garnisons quelles abritent
assurent un statut particulier et confèrent un rôle
stratégique majeur dans la défense du royaume de France.

Lexceptionnelle série (malheureusement incomplète) de plans réalisés par Jean- François Virebent en 1778, conservée au musée du Vieux-Toulouse et présentée ici pour la première fois, permet de dresser un état des lieux de ces fortifications à la veille de la Révolution. On constate ainsi que de nombreuses tours figurant sur les plans plus anciens, notamment celles de la première enceinte dépoque romaine, entre la porte Villeneuve (place Wilson) et la porte Saint- Michel (place du Parlement), étaient déjà détruites, au moins en partie, à la fin du XVIIIe siècle.
Les plans de Virebent ne montrent que la surface au sol des
fortifications.
Pour se faire une idée des élévations des
portes, des tours et du rempart, il faut se reporter aux dessins et gravures
disponibles, réalisés pour la plupart fin XVIIIe-début
XIXe siècle, très peu de temps avant leur destruction
systématique et même, parfois, lors des démolitions des
années 1810-1830 (porte Arnaud-Bernard, porte Montoulieu par
Félix Saurine). Ces vues, dont le musée du Vieux-Toulouse
possède un large choix, sont cependant parfois délicates à
utiliser. Certaines peuvent avoir été réalisées
longtemps après la disparition des fortifications (porte Montoulieu par
Ferdinand Mazzoli) et lorsque lon peut comparer plusieurs
représentations de la même porte, on constate toujours des
variations plus ou moins importantes de lune à lautre.
La porte sud de lenceinte romaine (porte Narbonnaise) était
promise à un avenir glorieux. Cest sur son emplacement quest
construit, entre le IXe et le XIe siècle, le château Narbonnais,
résidence toulousaine des comtes de la dynastie raymondine. De nombreux
et durs combats se déroulent dans ses parages lors de la Croisade
Albigeoise, alors que Simon de Montfort, chef des croisés, y a
élu domicile (1216-1219). Lorsque la dynastie des comtes de Toulouse
séteint définitivement et que ses possessions
échouent au roi de France (1271), cest naturellement en ces lieux
que sinstallent les représentants du roi et de la justice royale,
créant lembryon de ce qui, en 1443, deviendra le deuxième
parlement du royaume, le premier créé en province. La destruction
du château Narbonnais en 1550-1555 ne remet pas en cause la situation de
ce parlement dont lemprise est aujourdhui occupée par notre
moderne palais de justice.
Ainsi, depuis environ 1000 ans, la justice est
rendue à Toulouse sur le même emplacement. La redécouverte
récente et inattendue, sur le chantier du nouveau palais de justice,
dimportants restes de cette forteresse, que lon croyait
irrémédiablement et totalement perdus, invite à revisiter
lhistoire de ce monument, notamment à travers les
représentations que les diverses époques ont pu nous en laisser.
