Toulouse, pages d’histoire

Le visage d’une ville

La présence d’une des plus anciennes et des plus vastes enceintes urbaines de Gaule, mainte fois remaniée au cours des siècles, témoigne du prestige dont a joui la ville de Toulouse dès sa fondation. Au Ier siècle, Pline l’Ancien la mentionnait parmi les 29 oppida latina de la Gaule narbonnaise, cités dont les habitants étaient proches de la condition romaine. Durant l’Ancien Régime, Toulouse fait partie des bonnes villes de France à qui les fortifications et les garnisons qu’elles abritent assurent un statut particulier et confèrent un rôle stratégique majeur dans la défense du royaume de France. Vieux remparts de Toulouse - anonyme fin XIX°

L’exceptionnelle série (malheureusement incomplète) de plans réalisés par Jean- François Virebent en 1778, conservée au musée du Vieux-Toulouse et présentée ici pour la première fois, permet de dresser un état des lieux de ces fortifications à la veille de la Révolution. On constate ainsi que de nombreuses tours figurant sur les plans plus anciens, notamment celles de la première enceinte d’époque romaine, entre la porte Villeneuve (place Wilson) et la porte Saint- Michel (place du Parlement), étaient déjà détruites, au moins en partie, à la fin du XVIIIe siècle.

Les plans de Virebent ne montrent que la surface au sol des fortifications. Reste du Chateau narbonnais - Angelo Ferdinand Mazzoli (1821-1893) - 1860 Pour se faire une idée des élévations des portes, des tours et du rempart, il faut se reporter aux dessins et gravures disponibles, réalisés pour la plupart fin XVIIIe-début XIXe siècle, très peu de temps avant leur destruction systématique et même, parfois, lors des démolitions des années 1810-1830 (porte Arnaud-Bernard, porte Montoulieu par Félix Saurine). Ces vues, dont le musée du Vieux-Toulouse possède un large choix, sont cependant parfois délicates à utiliser. Certaines peuvent avoir été réalisées longtemps après la disparition des fortifications (porte Montoulieu par Ferdinand Mazzoli) et lorsque l’on peut comparer plusieurs représentations de la même porte, on constate toujours des variations plus ou moins importantes de l’une à l’autre.

La porte Montoulieu par Angelo Ferdinand Mazzoli (1821-1893) La porte sud de l’enceinte romaine (porte Narbonnaise) était promise à un avenir glorieux. C’est sur son emplacement qu’est construit, entre le IXe et le XIe siècle, le château Narbonnais, résidence toulousaine des comtes de la dynastie raymondine. De nombreux et durs combats se déroulent dans ses parages lors de la Croisade Albigeoise, alors que Simon de Montfort, chef des croisés, y a élu domicile (1216-1219). Lorsque la dynastie des comtes de Toulouse s’éteint définitivement et que ses possessions échouent au roi de France (1271), c’est naturellement en ces lieux que s’installent les représentants du roi et de la justice royale, créant l’embryon de ce qui, en 1443, deviendra le deuxième parlement du royaume, le premier créé en province. La destruction du château Narbonnais en 1550-1555 ne remet pas en cause la situation de ce parlement dont l’emprise est aujourd’hui occupée par notre moderne palais de justice. Démolition de la porte Montoulieu par Félix Saurines (1783-1845) - 1826 Huile sur toileAinsi, depuis environ 1000 ans, la justice est rendue à Toulouse sur le même emplacement. La redécouverte récente et inattendue, sur le chantier du nouveau palais de justice, d’importants restes de cette forteresse, que l’on croyait irrémédiablement et totalement perdus, invite à revisiter l’histoire de ce monument, notamment à travers les représentations que les diverses époques ont pu nous en laisser. La Daurade et le Pont-Neuf par Léon Soulié