Le voyage que le pape Urbain II entreprit en 1095 et qui devait le conduire sur les routes de France pendant une année entière s'insère dans le cadre historique de la réforme de l'Église et de la reconquête chrétienne dont la Croisade devint, pour les contemporains, l'accomplissement suprême.
A cette époque, le pape se déplace à cheval, aussi bien pour les grands voyages que pour les "entrées" solennelles dans les villes épiscopales, abbayes ou résidences seigneuriales et les grandes cérémonies officielles. De même, sa suite l'accompagne à cheval et à dos de mulet. Sur des chariots et des mulets on transporte les bagages, vêtements et ornements (surtout ce qui sert spécialement à la représentation pontificale), ainsi que les livres liturgiques, manuels de droit canonique, matériel de chancellerie.
Pendant le voyage, de nombreuses personnes, ecclésiastiques et laïcs de tout rang, se joignent au pape pour l'inviter, solliciter la consécration d'une église ou d'un autel, pour obtenir une audience, un jugement, un privilège, pour assister aux conciles et, si possible, prendre part aux décisions du pape.
Ce qui, dès 1096, devient "Croisade", est pour Urbain II une entreprise de reconquête dont le succès rendra possible le restauration - tant morale que territoriale ! - de la chrétienté, selon la volonté de Dieu. Ainsi, il est méritoire, et c'est même un devoir pour qui porte des armes, d'aller au combat pour libérer ses frères, libérer non seulement des terres et des villes chrétiennes, mais la Terre Sainte et la Ville Sainte: Jérusalem. "Dieu le veut", ce cri qui s'élève de la foule de Clermont, n'est peut-être que l'écho littéral des propres paroles du pape.